Alfred Nakache : un destin brisé par la guerre, une légende de la natation

Alfred Nakache : un destin brisé par la guerre, une légende de la natation

La piscine du Sud qui ouvrira au printemps prochain porte désormais son nom. Retour sur le parcours d’un athlète d’exception.

Né en 1915 à Constantine (Algérie) dans une famille juive de 11 enfants, Alfred Nakache a grandi dans des paysages bordés de rivières et de bassins naturels. Il avait pourtant « une frousse épouvantable de l’eau , déclarait-il en 1938. A ses dix ans, c’est donc son père qui le « jette à l’eau » pour combattre sa phobie. « Il s’est mis à reproduire les mouvements des nageurs ! », racontait à l’époque à la presse Yvette Benayoun-Nakache, l’une de ses nièces.

C’est alors le début d’une longue carrière couronnée de succès et auréolée de médailles. Il pulvérise les records et écrase toute concurrence : 15 titres de champion de France, 9 records de France, 3 records d’Europe et un record du monde en nage libre et brasse papillon. Mais aussi la 4e place en finale du relais 4 x 100 m des JO de Berlin de 1936, devant toute l’Allemagne, sous les yeux d’Hitler. « Il se battait pour la France, un pays qu’il chérissait », affirmait sa nièce.

De la marche de la mort à celles des podiums

Une carrière exemplaire mais dont l’élan a été brisé par la Seconde Guerre Mondiale. En octobre 1940, déchu de sa nationalité parce que juif d’Algérie, Nakache se réfugie à Toulouse où il se rapproche de réseaux de la Résistance. Interdit de s’aligner au départ du championnat de France, fin 1943, la Gestapo l’arrête. Alfred Nakache est déporté à Auschwitz avec sa femme, Paule, et sa fille de deux ans, Annie, dont il reste sans nouvelle. Elles seront gazées dès leur arrivée au camp. Lui, subira les humiliations des SS, les mauvais traitements. Mais aidé par une constitution physique exceptionnelle, il résiste. Et défie même ses bourreaux en improvisant à leur insu des séances de baignade dans des bassins de rétention d’eau, accompagné de quelques camarades.

Évacué ensuite à Buchenwald où il connaît la marche de la mort, il retrouvera le Sud de la France à la Libération en 1945 et se reconstruira grâce à la natation. Il participe de nouveaux aux JO de Londres en 1948. Il décroche également un ultime titre de champion de France et bat un nouveau record du monde avant de se consacrer à son métier de professeur d’éducation physique.

Il s’éteindra d’une crise cardiaque, dans son élément, le 4 août 1983 en traversant la baie de Cerbère durant le kilomètre qu’il accomplissait quotidiennement. Il repose désormais au cimetière Le Py, à Sète où un complexe sportif lui est dédié, comme dans de nombreuses autres villes. Lors de son entrée au « Hall of Fame » de la natation mondiale en mai dernier, le responsable de l’institution disait  : « Nous aimons les héros, ce gars est parti de rien et il est devenu champion. Tout est possible quand on arrive à se dépasser. » Dont acte…

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