Edgar Faure n’était pas qu’une « girouette »

Edgar Faure n’était pas qu’une « girouette »

Né à Béziers le 18 août 1908, d’un père médecin militaire et d’une mère issue d’une famille de médecins, Edgar Faure fait ses études secondaires à Henri-IV, avant de partir à Orléans puis Paris.

Collectionneur passionné de portefeuilles ministériels, mais aussi de conquêtes, cet homme politiquement paradoxal, séduit par la pensée de Maurras dans sa jeunesse mais membre du gouvernement provisoire d’Alger, ami de Mendès-France mais ministre du Général de Gaulle, Edgar Faure laisse le souvenir d’un homme politique brillant à la culture immense. Mais on oublie parfois qu’il fut d’abord un homme de droit, un membre du gouvernement provisoire d’Alger et Académicien.

Edgar Faure fut un cadre du Parti radical. Inscrit à la faculté de droit, il s’y lie d’amitié avec Pierre Mendès-France, dont il prendra la défense en 1941 lors d’un procès à Clermont-Ferrand, quand ce dernier fut incarcéré par le régime de Vichy. Après la guerre, durant laquelle il aura été le chef du service législatif du gouvernement provisoire du Général de Gaulle à Alger, il est nommé procureur général adjoint français au Tribunal de Nuremberg.

Dès 1946 s’ouvre ensuite sa carrière politique, sous l’étiquette du Parti radical. Maire, député puis président du Conseil général dans le Jura, il sera ministre de son ami Mendès-France puis président du Conseil sous la IVème République. C’est ce poste qui lui vaudra, indirectement, sa première exclusion du Parti radical.

Il détiendra également des portefeuilles ministériel en économie sous Pleven, Queuille, Laniel, puis brièvement le portefeuille de la Justice et des Affaires étrangères. Edgar Faure est l’homme des fonctions délicates, à l’Agriculture en 1966 dans la nouvelle Vème République, qui lui vaudra d’ailleurs sa seconde exclusion du Parti radical, ou à l’Éducation nationale après mai 1968.

Candidat pendant quelques jours à la présidence de la République en 1974, Il deviendra également président de l’Assemblée nationale de 1973 à 1978, puis sénateur à partir de 1980.

Ce que l’on sait peut-être moins, c’est que l’intelligence aigüe d’Edgar Faure lui valu également d’être bachelier à 15 ans et demi, et de devenir le plus jeune avocat de France à 21 ans. Fondateur du Club de l’université de Paris durant ses années d’études, il faisait déjà valoir ses compétences précoces d’avocat en recevant des étudiants de diverses sensibilités politiques pour étudier en commun les problèmes politiques et pour s’affronter en courtoises polémiques. Il fut également, durant un demi-siècle, une plume avisée dans sa spécialité, le droit, ce qui lui valut les honneurs de l’Académie Française, où il fut élu en 1978 au fauteuil 18. N°657.

Edgar Faure aura marqué plus de quarante ans de la vie politique française. Son intelligence, toujours en éveil, servie par une immense culture et une mémoire sans faille, une éloquence remarquable et un talent d’exposition qui lui permettait de rendre simples les questions les plus complexes, un goût prononcé pour la dialectique, caractérisaient ce magicien du verbe qui, doué du génie de la conciliation, semblait avoir une vocation naturelle à occuper le devant de la scène publique.

Souffrant malheureusement, encore aujourd’hui, d’une réputation d’opportuniste sans conviction politique affirmée, à l’image de son père spirituel Henri Queuille, il répondait lui-même à l’objection par un de ses aphorismes célèbres : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent.»