Fernand Castelbon de Beauxhostes, le « touche-à-tout » de génie

Fernand Castelbon de Beauxhostes, le « touche-à-tout » de génie

Homme d’exception sans aucun doute, descendant d’une famille de bourgeois et de marchands du Saint-Ponais, Fernand Castelbon, dit Castelbon de Beauxhostes après avoir relevé le nom de sa mère avec l’accord de son oncle, Eugène de Beauxhostes, dernier du nom, est un riche propriétaire viticole à Boujan, également héritier du domaine d’Arguzac, dans le Pardailhan, et mélomane averti.

Né le 5 novembre 1859, il est connu principalement pour ses qualités de mécène dans l’art lyrique, on oublie un peu trop souvent qu’il a été un « touche-à-tout » et un homme politique influent.

Castelbon croit aux vertus éducatives de la culture et à l’ambition de créer des spectacles lyriques de qualité pour le plus grand nombre, à des prix abordables. Il jette alors son dévolu sur les arènes inachevées du plateau de Valras édifiées à partir de 1897, qui lui paraissent être l’endroit rêvé et n’hésite pas à participer financièrement à leur achèvement.

Il parvient, au terme d’un habile stratagème, à convaincre son ami Camille Saint-Saëns, de se joindre à son projet insensé. Après avoir amené le compositeur à un récital d’orgue dans la cathédrale Saint Nazaire, Castelbon réussit, non sans mal, à convaincre Saint-Saëns de se rendre aux arènes, alors qu’il a une aversion totale de ce lieu, qu’il appelle “le temple abominable du sang”. Mais lorsque Fernand Fournier, violoniste, caché de leurs yeux, égrène quelques notes de violon auxquelles succèdent des chants, le compositeur est immédiatement subjugué par l’acoustique exceptionnelle du lieu. Le premier festival musical en plein air de France est né. Plus tard, ce seront Gabriel Fauré ou Déodorat de Severac qui viendront amener leur talent en terre biterroise.

De 1898 à 1911, Béziers devient donc la capitale de l’art et du spectacle lyrique, la cité prenant même le surnom de “Bayreuth français”, ou viendront se produire les plus grands chanteurs de l’Opéra de Paris, ou de la Scala de Milan. Il est à noter que même si les artistes viennent des quatre coins de l’Europe de l’Ouest, les centaines de musiciens, choristes et artisans nécessaires au bon fonctionnement du projet seront embauchés sur place, Castelbon de Beauxhostes tenant, en bon philanthrope, à faire vivre Béziers et ses alentours de son projet. La population biterroise est au rendez-vous, se pressant sur les gradins. Durant ces saisons estivales, Béziers est en fête, et, prospérité viticole aidant, à côté des arènes sont organisées des soirées de gala au théâtre, des concerts place de la Citadelle et l’instauration de la fameuse “Fontaine aux vins”, qui perdurera encore durant la feria moderne. En dépit du succès phénoménal de l’entreprise, les frais engagés sont si colossaux que Castelbon doit combler le déficit et engloutir ainsi une grande partie de sa fortune.

Ce que l’on sait moins de Fernand Castelbon de Beauxhostes, c’est qu’en plus d’être ce grand mécène dans l’art lyrique il fut d’abord un passionné, compositeur, chef d’orchestre, pianiste et président de la Lyre Biterroise en 1893. Proche du député radical de Béziers Louis Lafferre, l’aristocrate Castelbon de Beauxhostes se tourna vers le radical socialisme mais aussi vers la franc-maçonnerie, apparue sur place en 1777 et forte d’une tradition ininterrompue. Nommé en 1889 vice-consul d’Espagne à Béziers, il finira sa carrière politique comme maire de Boujan-sur-Libron, de mai 1912 à 1925. Il faut enfin noter qu’en 1898, il est à l’initiative de la naissance la Société Tauromachique de Béziers.

Ce touche-à-tout extraordinaire, fut parmi ceux qui érigèrent Béziers au sommet. Son nom restera gravé dans l’histoire de la cité héraultaise, mais aussi dans la cité qui l’aura vu vivre, Boujan, qui donnera son nom aux arènes de la commune.