Frank Margerin : un coup de crayon taillé dans le rock !

Frank Margerin : un coup de crayon taillé dans le rock !

franck margerin portrait

Quarante ans qu’il est « dans le circuit ». Avec sa mine affûtée, une âme de rockeur au grand cœur et une passion pour les « bécanes », l’incontournable dessinateur Frank Margerin va buller au festival BD de Sérignan les 19 et 20 mai. Le père du célébrissime Lucien préside la 23ème édition qui, autant le dire, s’annonce sur les chapeaux de roues ! Esquisse…

affiche_serignan, par Fbaldit


Vous êtes l’heureux élu. Le président du 23ème festival BD de Sérignan qui est l’un des vieux du département et de la région. Comment cette collaboration s’est-elle faite ?
J’étais déjà venu plusieurs fois à ce festival et lorsque les organisateurs m’ont contacté en me disant qu’ils souhaitaient que je sois l’invité d’honneur et que j’en fasse l’affiche, j’ai immédiatement accepté parce que j’aime beaucoup la région qui est, pour un Parisien, une région de vacances ! Et puis j’ai des d’amis dans le Sud donc j’ai dit banco. La thématique était toute trouvée, le rock. Mes personnages sont pleinement dans cette mouvance et moi, j’en suis passionné.

Parlez-nous de l’affiche.

J’ai suivi l’idée des organisateurs en y faisant apparaître les allées de la République qui sont typiquement représentatives de Sérignan, des personnages rock n’roll avec Lucien et ses copains, et de l’humour. J’ai pensé à une sorte de selfie où se trouverait tout le groupe en train de faire les « cons » sur les allées !

Auparavant, vous étiez un invité parmi d’autres. Maintenant, vous êtes « invité d’honneur ». C’est une belle reconnaissance de votre parcours…
C’est une consécration, oui. Et cela fait plaisir aussi car les invités d’honneur sont des gens dont on estime et apprécie le travail. C’est toujours flatteur mais bon, il faut tout relativiser, je ne suis pas président de la République !

C’est aussi l’occasion de côtoyer la nouvelle génération de dessinateurs, d’aller à la rencontre du public, de créer des liens, trouver des idées…
Bien sûr, et c’est pour ces raisons que je fais beaucoup de festivals. J’aime aller au devant de mon public, échanger avec ceux qui me lisent. Quand on arrive au bout de 40 ans de métier et que l’on est toujours dans le circuit, c’est agréable de voir que des personnes vous sont toujours fidèles. J’ai des retours souvent très émouvants de lecteurs qui m’ont suivi toute leur vie, qui ont 50 ans et ont commencé à lire mes BD à dix ans. Je compte un peu pour eux et je fais partie de leur vie en quelque sorte.

Quarante ans de métier, c’est exceptionnel !
Disons que ça va le devenir par la suite et ceux qui auront quarante ans de « bouteille », on pourra leur tirer notre chapeau. Le métier se durcit. C’est de plus en plus difficile de faire carrière. Il y a tellement de jeunes qui veulent faire de la BD – ce que je comprends car c’est un métier magnifique –  mais les lecteurs se tournent de plus en plus vers le multimédia, les jeux vidéos… Ils sont submergés de propositions de loisirs alors que dans les années 60 (j’étais un gamin), j’avais une chaîne en noir et blanc et le cadeau type était l’abonnement à une revue de BD. Lorsqu’on était malade, on vous offrait un Tintin, un Astérix ou un Lucky Luke !

Comment êtes-vous entré  dans l’univers de la BD ? Vous êtes né un crayon dans la main ?
Plus ou moins oui. Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, j’ai toujours dessiné. Mon père et ma mère sont des artistes donc j’ai peut-être eu dans mes gênes la passion du dessin. Je lisais énormément de BD également, les choses se sont faites logiquement comme ça. Et puis il y avait sûrement une bonne dose de vocation….

On fait un bond dans le temps. En 1974, vous décrochez votre diplôme de laqueur et dessinateur « Textile » dans la filière Arts appliqués.
Je voulais rester dans l’ambiance « dessin ». Mes études étaient une catastrophe, j’ai été viré après la troisième. Je me suis présenté au concours des « Arts A » en passant deux examens, faute d’avoir le niveau scolaire. J’ai eu les deux heureusement. Le fait que ça se passe en 68 m’a peut-être aidé mais nous étions nombreux dans ce cas-là ! J’ai donc fait cinq ans d’études dans cette école mais je n’ai absolument pas appris la BD parce que ce n’était pas au programme à l’époque, c’était plutôt mal vu. Ces années m’ont en tout cas permis de faire mes armes au niveau graphique, ce qui sert toujours dans la BD.

De là, tout s’enchaîne. On vous offre vos premières planches en 1976 puis vous devenez un touche-à-tout…
Je démarchais les maisons d’éditions au départ pour faire de l’illustration car je ne me sentais pas scénariste. Un jour, je rencontre l’un des créateurs de « Humanoïdes associés », qui me parle du lancement d’une nouvelle revue trimestrielle, Métal Hurlant et m’invite à aller voir Jean-Pierre Dionnet. J’y vais avec quelques dessins. Il trouve ça sympa et me demande une histoire en quatre pages. Je crée Simone et Léon. Ça lui a plu, il m’a fait confiance. Je me suis donc lancé et comme j’avais un pied dans la maison, j’ai tout fait pour y rester ! C’est à l’occasion d’un numéro spécial rock que j’ai eu l’idée de Lucien. Là, j’ai eu un déclic avec mes « petits rockeurs », c’est ça que je voulais faire. Et Lucien est sorti dans la presse en 1979. J’ai commencé à être connu, sollicité pour des pubs (c’était l’âge d’or de la BD dans les publicités), des affiches, et quelques années plus tard, j’ai attaqué un dessin animé Les aventures de l’insupportable Manu qui m’a fait connaître du grand public car il passé sur la 5 et sur Antenne 2. On a également formé un groupe « Dennis’Twist » avec mes copains dessinateurs, c’était en 86 et l’un des titres est arrivé 10ème au Top 50. On a fait tous les plateaux télé, de Drucker à Jacques Martin en passant par Canal+.

Comment est né Lucien ?
Je me suis inspiré de ma vie personnelle. Au départ, Lucien, c’était un one shot pour Metal Hurlant. C’était une bande de copains. J’avais dessiné une caricature de mon meilleur pote, de mon frangin, d’un autre pote bassiste et de Lucien. Lui, c’était personne. Un rockeur lambda mais rigolo, un anti-héros plein de bonne volonté avec une coiffure improbable et une banane en forme de corne d’abondance. Beaucoup de gens se reconnaissent en lui. Finalement, c’est lui a pris la vedette et il s’est imposé. Je m’y suis attaché jusqu’à me projeter en lui, à mon insu.

Le personnage a traversé les décennies…
Je l’ai un peu laissé en standby pendant huit ans pour me consacrer à d’autres projets et quand j’ai eu l’idée de le faire revenir, entre temps, j’avais eu un enfant et j’avais des choses à raconter sur la paternité. Et puis, on ne pouvait pas l’imaginer avec un ordinateur ou une tablette alors que l’on l’avait vu sur des mobylettes des années 60 ! Donc, je l’ai fait vieillir de 30 ans et il a pris 30 kg, mais je lui ai laissé sa banane ! Et le public l’a bien accueilli, malgré le décalage !

Où puisez-vous l’inspiration ?
Dans la vie, dans les bœufs avec ma bande de copains, dans les moments partagés d’insouciance ou d’amusement. Et pourquoi pas dans une interview ou au festival de Sérignan !

Vous êtes passionné de moto, au point d’avoir brûlé le bitume sur la Route 66. Vous allez découvrir Sérignan et la région en deux-roues lors du festival ?
Peut-être, si on me prête une moto. Mais comme je suis venu plusieurs fois, je l’ai déjà fait. Et c’est une belle région.

Vivre sans le dessin, ce serait possible ?
Oui, mais je serais frustré et je ne serais sûrement pas aussi heureux…

Le programme complet du festival BD sur ville-serignan.fr

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