Gustave Fayet, le « collectionneur »

Gustave Fayet, le « collectionneur »

Gustave Fayet, né le 20 mai 1865, était le représentant de la prospérité de la viticulture languedocienne dont Béziers, sa ville, était le centre.

Du Languedoc, il gagna Paris puis parcourut l’Europe et l’Algérie au gré de ses voyages d’affaires et de tourisme. Grand propriétaire terrien mais aussi homme d’affaires, excellent touche-à-tout, il considérait que la pratique des arts relevait d’une quête de plénitude. Pour beaucoup de ses contemporains il fut également un être complexe voire fantaisiste, jamais proscrit en raison de sa fortune. Pour la postérité, il fut le plus grand collectionneur de Gauguin et de Redon mais aussi le talentueux mécène à l’origine de la restauration de l’abbaye de Fontfroide. Céramique, dessin, aquarelle, peinture à l’huile, illustration, photographie, sont autant de disciplines dans lesquelles il exerça son talent d’artiste prolifique, adoptant tous les styles successifs.

Ayant appris le métier de peintre auprès de son père Gabriel et de son oncle Léon, tous deux admirateurs de Daubigny, Monticelli ou, Corot, le style de Gustave Fayet est très personnel, loin des préoccupations impressionnistes et académiques. Entre sa première huile “Femmes dans un champ au bord du chemin” (1887), et “Les cyprès bleus” (1902), on voit sa volonté de fixer les effets de la lumière naturelle sur la nature méditerranéenne. Après une pause dédiée à la céramique, durant laquelle, avec le Biterrois Louis Paul, ils réalisèrent entre 1896 et 1900 environ 70 vases décoratifs aux formes souples et végétales, il signe son retour à la peinture avec un très beau pastel dessiné dans les environs de Fontfroide au crépuscule en 1910, “Lever de lune dans la vallée”. A partir de 1911, il renouera avec l’aquarelle comme technique d’expression à part entière. A partir de 1914, il s’établit dans le Midi pour s’éloigner du front. Il y réalisa trois séries d’aquarelles prenant pour sujet le paysage. Il puisa dans la nature son inspiration et voyait dans ses oeuvres des « pétales se livrant au vent« , ou encore « un voyage au fond des abîmes insoupçonnés des mers« . Tout son travail se voulait une quête d’harmonie.

Gustave Fayet tenait sa grande culture d’un goût héréditaire pour les livres. Son arrière-grand-père Jacques Azaïs, bâtonnier du barreau de Béziers, avait contribué à créer en 1834, la Société archéologique de Béziers. Cette passion l’amena à établir deux immenses bibliothèques personnelles. La première dans l’abbaye de Fontfroide, achetée avec sa femme Madeleine en 1908, qu’il s’attachera à restaurer et où il installera également des œuvres commandées à ses amis peintres. La seconde dans le château d’Igny en Essonne, où il vécut jusqu’à sa mort en 1925. Fayet, de par ses multiples passions devint naturellement conservateur du musée de Béziers en 1901, qui sera d’ailleurs renommé en son nom pour la postérité.

Mais il ne se contentait pas seulement de vivre de ses passions et de sa culture, en capitalisant dans l’art. Seul héritier de son père en 1899, il se trouvait à la tête d’une propriété viticole. Mais ce patrimoine typique de l’époque ne doit pas faire oublier que son maintien exigeait de Gustave Fayet un solide savoir-faire en matière de gestion et d’investissement, peu courants à une époque qui valorisait la rente bourgeoise comme source de revenu respectable, et l’oisiveté comme mode de vie élitaire. Ce talent d’entrepreneur et d’administrateur de biens, lui permit, en plus de la viticulture, de développer les capitaux familiaux, engagés, entre autres, dans la Compagnie du Canal du Midi, la Compagnie du Canal maritime de Suez où dans la Compagnie des Chemins de fer du Midi. Il fut également administrateur de La Société des mines de zinc de Bosost, exploitant les riches gisements miniers de la vallée du Val d’Aran en Espagne.

Touche-à-tout talentueux comme l’on en croise rarement, Gustave Fayet marquera son époque et sa cité avec éclat. Il traversa avec intelligence les convulsions du capitalisme industriel de la fin du XIXe siècle qui précipitèrent la Guerre et scellèrent le déclin de sa région. Il est décédé le 24 septembre 1925.