Jules Cadenat, du rugby au football puis au rugby

Jules Cadenat, du rugby au football puis au rugby

Jules Cadenat (dit Julard),est né le 18 septembre 1886 à Béziers. Il était l’héritier d’un riche propriétaire terrien local, doté d’un caractère truculent.

Il se présentait ainsi : « Jules comme César et Cadenat comme serrure ». Très tôt orphelin de père, il fut élevé par sa mère, sa grand-mère et ses tantes qui n’avaient d’yeux que pour lui. En âge de conduire, elles lui offrirent sa première voiture avec laquelle il s’en alla rapidement au fossé. L’affaire, qui fit grand bruit dans la famille, monopolise les conversations jusqu’au jour où, lassé d’être l’objet des récriminations de ses proches à ce sujet au cours d’un repas, il se leva de table, prit sa montre à gousset qu’il projeta violemment contre le mur en disant: « Comme ça, maintenant, on parlera de la montre ! ».

On sait peu que Cadenat a commencé comme ¾ aile. Il pratiquait la barette, ancêtre du rugby, au collège Henri IV, à Béziers puis devint vite le meilleur joueur du Football Club Biterrois. Mais il faut quitter le vignoble. La famille du jeune Jules est aisée.Ces maîtres imprimeurs souhaitent qu’il aille poursuivre ses études à Paris, à Louis le Grand, puis en faculté de droit. Sa prestance, sa faconde, sa voix terrible, son intelligence, sa personnalité le poussent droit au barreau. En fait, il saura conquérir Paris. Mais ce sera en rugby, voilà tout !

Avec ses 1m81 pour 103Kg il impose sa puissance dans les rencontres du championnat. Mais les fêtes de fin d’année sont souvent fatales à la forme de Jules et il se requinque avec l’Équipe 3 du SCUF. Le match international suivant a lieu le 22 janvier 1910 en Ecosse. Il fait alors le pari avec son capitaine Peyronet de mériter en quelques semaines l’équipe de France. En trois semaines, il devient titulaire de la première, et bientôt remplaçant du XV national pour le match à Edimbourg. Il a de la chance, Thil le Bordelais ne peut faire ce long voyage, Jules jouera. Il a gagné son pari. Il attendra un demi-siècle pour en gagner un autre. Mais celui-là, il se l’était fait à lui-même… Il connaît ainsi la première de ses 7 sélections, devenant le premier international (no 61) à dépasser le quintal. Dans cette équipe qui s’incline 21-00 face aux Ecossais, trois scufistes portent le maillot tricolore : Theuriet à la mêlée, Boudreaux en première ligne et Lafitte en troisième.

Son arrivée au SCUF en 1904 va permettre d’amener un état d’esprit festif au club et ainsi compenser la rigueur de Frantz Reichel. Jules Cadenat est habitué à danser la chaloupé avec Mistinguett, chez Albert à Montmartre, jusqu’à une heure avancée de la nuit. Fort en gueule et haut en couleur il est à la tête d’une horde de joueurs qui quadrille aussi le Quartier Latin du « Soufflet » à « La Taverne du Panthéon ». Mais il est toujours en pleine forme, prêt à en découdre dès qu’il est sur le terrain. A cette époque le SCUF est engagé dans le championnat de Paris. Le 8 novembre 1909, à Colombes, le SCUF réalise un véritable exploit en battant (8-3) pour la première fois la grande équipe du Racing Club de France, déjà 3 fois championne de France. Cadenat fait partie de l’aventure au poste de deuxième ligne.

De retour au pays durant la saison 1913-1914, il intègre alors le club de Béziers et dispense des fonds pour son développement. Fondant avec Louis Viennet l’AS Béziers, il en deviendra lui-même le Président durant les années 1950, et il présidera également un temps le Comité des sélections, après avoir été Sélectionneur national au début des années 1930 en compagnie de Gilbert Brutus.