Julien Lestel : une star au Conservatoire de l’Agglo

Julien Lestel : une star au Conservatoire de l’Agglo

julien lestel

Pourquoi avoir quitté l’Opéra de Paris ?<
Je ne voulais pas partir de l’Opéra. Mais lors d’une tournée à Lausane, le directeur de l’Opéra de Zurich m’a repéré sur scène et m’a proposé un contrat de danseur solo (ce qui équivaut à danseur étoile). C’était une promotion inouïe qui me dispensait des concours pour gravir les échelons. Et puis je voulais connaître d’autres danseurs. On m’offrait une réelle opportunité à 25 ans. Je me suis dit que si je ne la saisissais pas à ce moment, je ne le ferai jamais. Donc j’ai pris le risque. Et cela m’a ouvert d’autres portes.

Le Conservatoire Béziers Méditerranée accueille en résidence le danseur et chorégraphe Julien Lestel, avec une représentation finale au public le 7 avril à 16h30 au théâtre des Franciscains à Béziers (Entrée libre mais il est conseillé de réserver). Cet acharné de travail à l’insatiable passion pour la danse et la transmission revient sur son parcours étoilé.

capture_decran_2018-03-08_a_12.20.07.png


Vous êtes accueilli depuis 2017 au Conservatoire  pour une résidence chorégraphique avec le Jeune ballet. Comment s’est établi ce partenariat ?
Nous avions déjà collaboré ensemble pour l’édition 2017 du festival « Valras on danse », mais le Conservatoire m’avait contacté bien avant pour me demander si j’étais ouvert à cette proposition. J’ai immédiatement dit oui.  

Le fruit de cette résidence sera dévoilé au public le 7 avril. Parlez-nous de la pièce que vous allez présenter.
Il s’agit d’une création exclusive pour le Conservatoire. J’ai souhaité pour ce faire reprendre un passage de Constance, l’une de mes pièces dont l’héroïne est une femme. Comme je travaillais avec les 11 danseuses du Jeune ballet, j’ai trouvé que ça convenait très bien et j’ai donc fait une adaptation chorégraphique de 20 min.

Comment avez-vous trouvé les danseuses ?
Très belles, très investies. Il y a dans ce conservatoire une discipline dans la façon de travailler et de se comporter. Il y a également une grosse motivation et cela a été extrêmement facile de travailler avec elles. Elles ont rapidement progressé au fil des séances de travail. Au fur et à mesure que je reviens les voir, je m’aperçois que le travail a mûri et je suis ravi de voir qu’elles se sont approprié la pièce. 

Que vous apporte le contact avec les jeunes danseurs ? 
C’est vital pour moi. Au vu de mon parcours, je sais que l’on a besoin des aînés pour avancer. On ne peut pas le faire seul, il faut faut des gens qui prennent le temps d’expliquer, d’indiquer les directions. Certes, il est important de se responsabiliser et d’apprendre par soi-même mais le contact avec des professionnels est nécessaire. Et puis, dans ce milieu, la carrière est rapide et on passe vite de l’autre côté. La transmission devient donc une évidence. 

Revenons à vos débuts. Pourquoi avoir voulu devenir danseur ?
Mes parents ne sont pas du tout de ce milieu mais j’ai toujours été attiré par lui. Tout petit, je dandinais déjà. Un jour, à 4 ans, j’ai vu un reportage à la télé sur l’école de danse de l’Opéra de Paris. J’ai dit à mes parents : « Je veux aller là-bas ! »

Depuis, vous menez un parcours exemplaire et exceptionnel. Vous vous attendiez à une telle ascension ?
Le caractère exceptionnel était celui d’être engagé à 11 ans dans la plus grande école de danse, à l’Opéra de Paris. Dès lors, on rentre dans un système élitiste, on est embarqué et on ne réfléchit pas et tout s’est enchaîné naturellement. J’ai eu la chance d’être nommé soliste à l’Opéra de Zurich. J’ai pu aborder tous les grands rôles du répertoire, travailler avec les plus grands chorégraphes contemporains dans des corps de ballet : Noureev, Roland Petit, Marie-Claude Pietragalla. En somme, c’est un parcours classique quand on a de l’ambition, des possibilités et que l’on s’investit. Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est d’avoir tenu le coup ! A l’adolescence, le corps se transforme et cela demande énormément de travail. Je ne pensais pas avoir la force et le moral pour me battre entre toutes ces rivalités, concurrences, désillusions. Mais j’y suis parvenu. 

Pourquoi avoir quitté l’Opéra de Paris ?
Je ne voulais pas partir de l’Opéra. Mais lors d’une tournée à Lausane, le directeur de l’Opéra de Zurich m’a repéré sur scène et m’a proposé un contrat de danseur solo (ce qui équivaut à danseur étoile). C’était une promotion inouïe qui me dispensait des concours pour gravir les échelons. Et puis je voulais connaître d’autres danseurs. On m’offrait une réelle opportunité à 25 ans. Je me suis dit que si je ne la saisissais pas à ce moment, je ne le ferai jamais. Donc j’ai pris le risque. Et cela m’a ouvert d’autres portes.

Comme celle de fonder votre propre compagnie ?
Ça a été compliqué car en 2007, comme aujourd’hui, les subventions allouées à la culture baissaient à vue d’œil. Mon entourage me disait que j’étais inconscient de me détacher de l’Opéra de Marseille où j’étais soliste à cette époque. Mais je sentais que je devais le faire. J’ai pris un deuxième risque et j’ai eu raison. Depuis, la compagnie et les spectacles s’étoffent. J’ai trouvé une deuxième famille où il n’y a aucune adversité, beaucoup d’échanges, d’amour et de partage. 

Vous êtes désormais danseur, chorégraphe, manager, commercial… des casquettes lourdes à porter ?
Il faut être sur tous les fronts, efficace et opérationnel. C’est le prix à payer pour assouvir ses passions, mais j’ai autour de moi des personnes qui m’épaulent et me donnent l’énergie pour avancer. 

Vous menez également des projets pédagogiques et des actions de sensibilisation. Cela vous tenait à cœur ?
L’envie de transmettre est plus forte que tout. Je voulais amener la danse dans les quartiers difficiles, auprès des publics parfois défavorisés. Je veux prouver que l’art peut apporter beaucoup de choses aux gens, quelle que soit leur situation. Cela a été une immersion totale, mais une grande réussite. La danse sert à se connaître, à se surpasser, à se remettre en question par le mouvement. Peu importe le niveau social ou culturel, danser fédère. Et c’est à nous, professionnels, d’aller ouvrir les portes.

Votre style est plutôt unique en son genre. Comment le définiriez-vous ?
Néoclassique-moderne. Ce n’est ni de la danse contemporaine abstraite, ni de la danse classique pure. Les mouvements sont fluides et sans retenue, puis brisés avec une rupture de rythme. Il y a à la fois de la puissance, de la sensualité et de la poésie. C’est donc une danse qui s’adresse à tout le monde, nul besoin d’en connaître les codes pour comprendre. 

Où puisez-vous l’inspiration ?
Dans mon histoire. Dans mes peines, mes déceptions, mon ambition. Dans les livres, au cinéma, dans la peinture, dans l’expérience des gens, dans la vie de mes danseurs, dans ce qu’ils ont dans les tripes. Je veux qu’ils soient libres donc je puise toutes les émotions possibles. La danse permet d’exprimer ce que l’on ne peut dire avec des mots. On reçoit des sentiments de vie par le geste, comme la musique avec des notes.

Qu’est-ce qu’une représentation réussie pour vous ?
C’est quand il se crée sur scène une alchimie entre les artistes, quand ils communient avec la lumière et le public. Ils ne sont pas là pour qu’on les admire ou prendre les spectateurs en otage comme devant une œuvre abstraite. Ils sont là pour raconter une histoire et donner de l’émotion. 

Vous êtes déjà sur d’autres projets ?
Oui, des tournées sont en prévision. Parallèlement, je conçois une nouvelle chorégraphie sur la création musicale Misatango. 60 chœurs y participeront en mai à l’Opéra de Massy. Ce sera très beau !


Plus d’infos sur : 

www.lagglo.fr/enseignement-artistique

www.compagniejulienlestel.com

Conservatoireartbeziersculturedanse