Pascal Vermeeren : « La danse ? Ma colonne vertébrale »

Pascal Vermeeren : « La danse ? Ma colonne vertébrale »

Après l'Opéra de Paris, Pascal Vermeeren va affûter les pointes des élèves de L'avant-scène.
Sa révélation est arrivée tardivement et le pari était loin d’être gagné. Mais à force de travail, d’engagement et de passion, Pascal Vermeeren a accompli un parcours étoilé. Parti du Conservatoire de Lille, il a foulé les planches de l’Opéra de Paris en tant que coryphée, demi-soliste et soliste. Il a tiré sa dernière révérence à l’Opéra Bastille et enseigne désormais à L’avant-scène, Conservatoire de l’Agglo Béziers Méditerranée. Rencontre avec une pointure.

« Je viens d’un milieu modeste, et un jour, mes parents avaient obtenu des places pour aller voir Casse-noisette de Rudolf Noureev à l’Opéra. Lorsque j’ai vu la valse de la fin sur une musique de Tchaïkovsky, j’ai lâché : « Papa, maman, je veux devenir danseur ». Mon père m’a dit : « Je veux bien mais pas pour finir au Moulin rouge avec des plumes ! » » Voilà pour l’anecdote…

Pascal Vermeeren a eu tardivement cette révélation, à 10 ans. « Je chantais surtout dans le grenier chez mes parents », se souvient-il. Il commence à fréquenter les conservatoires et écoles de danse. C’est à Beauvais, dans l’Oise, qu’il rencontre Mme Matt, un professeur « passionné, pédagogue » qui enseigne avec « rigueur et bienveillance ». C’est elle qui lui dit : « Il faut te présenter à l’école de danse de l’Opéra de Paris. » Grâce à ses connaissances, elle parvient à faire débarquer Pascal dans le cours d’un professeur de danse russe, à Pigalle. « Il a des qualités mais il y a du travail », lance ce dernier. S’en suit la rencontre avec l’assistante du professeur russe qui le forme et le prépare au concours de l’école de l’opéra qu’il présente à 13 ans, âge limite. 500 garçons, 800 filles, pour quelques élus cette année-là… dont Pascal Vermeeren.

Il en sort à 17 ans. « On faisait des tournées, des spectacles à l’étranger. Il y avait une exigence car nous faisions partie de l’élite de la danse. Nous étions au service d’un art dont j’avais pris conscience. » Il a eu de « grands maîtres », dont il se délecte à citer les noms : Daniel Franck, Violette Verdy, Gilbert Mayer… « Ils ne m’ont pas ménagé et m’ont accompagné techniquement et artistiquement. Il fallait une vraie force de caractère », souligne Pascal. Quatre années de travail acharné pour entrer dans la compagnie de l’Opéra de Paris en tant qu’artiste complet, à 17 ans, « motivé pour devenir danseur étoile ».

Jusqu'à 42 ans, Pascal Vermeeren a fait partie de l'élite de la danse.

Jusqu’à 42 ans, Pascal Vermeeren a fait partie de l’élite de la danse.

Entre carrière à l’Opéra et comédies musicales

Le jour J, il monte sur scène, seul, pour la première fois. Pour devenir « coryphée  » (demi-soliste). Il danse sa variation : « Il y a eu une magie, les gens se sont levés et ont applaudi ! ». Sauf que, à l’Opéra, la danse a ses lois que la raison ignore. Et applaudir n’en fait pas partie. Il devait être premier, il finit, pénalisé, quatrième. Et devient quand même « coryphée ». « Cette injustice commençait à m’agacer », cingle-t-il. Peu de temps après, il rencontre son premier amour, un pianiste-chanteur. Pascal écrit quelques chansons pour le piano-bar et alors qu’il devient déçu de l’opéra, c’est le chant qui le rattrape. Bien qu’il continue ses spectacles et productions.

Vient un second concours, à l’Opéra Garnier. Les réminiscences du premier concours ne se sont pas effacées. Déstabilisé, ses nerfs lâchent et il ne monte pas sur scène. « Pour la première fois de ma vie, j’ai reculé. » Ce qui ne l’a pas empêché d’avoir des rôles : « Je n’ai pas eu le titre, mais je m’en fichais. Des personnes comme Patrice Bart, le bras-droit de Noureev, ne m’ont jamais lâché. J’ai continué ma carrière à l’Opéra, pris des cours de chant et de théâtre. » Il demande ensuite une année de formation qui aboutit sur un rôle dans la comédie musicale Chance ! (Molière 2019 de la meilleure comédie musicale de France), de Hervé Devolder. Une tournée d’un an inoubliable avant de repartir à l’Opéra. Là, Patrick Dupont cède sa place de directeur à Brigitte Lefèvre qui y amène des chorégraphies beaucoup plus contemporaines, moins « néo-classiques ». Et les grands chorégraphes choisissent Pascal…

Spectacles, productions, chants, Pascal Vermeeren : un artiste pluridisciplinaire.

Spectacles, productions, chants, Pascal Vermeeren (au centre) : un artiste pluridisciplinaire.

Tomber de rideau à 42 ans

Artiste aux multiples facettes, il enregistre même un CD pop-rock avec ses propres compositions. CD que la directrice de l’Opéra écoute et, alors qu’il était en répétition d’une pièce de Roland Petit, ce dernier lui demande un beau jour de chanter Les feuilles mortes. Il écoute sa voix, de très près. Le lendemain, on annonce à Pascal qu’il aura le rôle de chanteur dans un ballet de deux séries de 15 représentations, aux côtés de ses collègues danseurs ! 

Pascal va jusqu’au bout de sa carrière, à 42 ans. Sa dernière représentation ? Un rôle de composition dans Roméo et Juliette avec deux étoiles montantes, Léonore Baulac et Germain Louvet, devenus aujourd’hui des étoiles… « C’était très beau. J’ai rendu la scène alors qu’ils commençaient leur route. C’est la vie. Le rideau s’est fermé, ça a été un cap pour moi. »

On se dit quoi après une telle carrière ? « Waouh. Merci pour tout ce qu’on m’a apporté et ces expériences extraordinaires. Je ne serai jamais très loin de cette belle famille. » Mais Pascal avait préparé sa reconversion depuis trois ans en obtenant un diplôme d’État pour enseigner, en passant deux années pour décrocher un certificat d’aptitude ainsi qu’un diplôme d’État en art thérapie. Et puis, l’an passé, en raflant un concours pour devenir professeur d’enseignement artistique dans la fonction publique.

Une reconversion réussie à L’avant-scène

Depuis septembre, il enseigne au Conservatoire et dirige, en « prof exigeant mais bienveillant », le Jeune ballet Béziers Méditerranée à L’avant-scène, conservatoire de l’Agglo, après avoir travaillé trois ans au Conservatoire régional d’Aix-en-Provence. « J’arrive dans cette Agglo avec une nouvelle responsabilité, un poste d’encadrement de 11 jeunes femmes avec un parcours pré-professionnel. Elles ont toutes une personnalité singulière et sont unies par la même passion pour la danse. Je l’ai senti immédiatement. Ici, la mentalité est authentique et j’y retrouve mes valeurs : la droiture, l’honnêteté, le respect, le goût de l’effort, l’envie de se dépasser et le plaisir de danser, de créer. J’essaie aussi de les rendre autonomes. » Pascal se dit aussi ravi de la « confiance » de sa direction et « heureux » de travailler avec la coordinatrice et professeur Delphine Viala ainsi qu’une « équipe pédagogique aux compétences adéquates pour faire un grimper le Conservatoire ».

La danse, un "art majeur" dans lequel Pascal met "du cœur".

La danse, un « art majeur » dans lequel Pascal met « du cœur ».

Et les idées fusent toujours dans le cerveau de Pascal. En tête de liste : le projet d’une création de 20 min qui fera l’avant-première de François Maudit le 29 mars à la Parenthèse (à Servian). Un spectacle, intitulé Corps ensemble, qui mêlera classique/néo-classique et contemporain et qu’il chorégraphiera avec sa collègue Sylvie Colas. « J’ai beaucoup observé et appris dans la fin de ma carrière au sein du corps de ballet : dans ce travail d’ensemble, l’égo doit s’effacer pour se mettre au service de la danse qui est un art majeur. »

Pascal a également d’autres projets, comme celui, du Conservatoire, d’ouvrir en 2021/2022, à la Devèze, des salles de danse « Passerelle ». Un lieu de spectacle qui viendra enrichir la programmation de L’avant-scène.

Mettre du cœur et du sens

La danseuse Pina Bausch avait coutume de dire : « Dansez, sinon, nous sommes perdus ». Voilà pourquoi Pascal Vermeeren met du cœur dans sa danse : « On ne travaille pas pour obtenir la perfection car elle n’existe pas, mais pour mettre du sens dans sa vie par la danse, à travers l’art. » Autant dire qu’à L’avant-scène, les pointes seront bien affûtées…
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