L’humble Benoit d’Alignan

L’humble Benoit d’Alignan

Benoît d’Alignan naquit à Alignan-du-Vent à une vingtaine de kilomètres au nord de Béziers. Si l’on connaît ses dates de décès, il n’existe que peu d’informations quant à sa naissance.

Le peu d’écrits ayant réussi à traverser les âges, situent sa naissance aux alentours de 1190. Issu d’une famille renommée dans le Languedoc d’alors, il faut noter que l’une de ses sœurs, Elisabeth, fut nommée Première Abbesse.

D’abord sacristain à l’abbaye de Villemagne, il est ensuite nommé abbé de Notre Dame de la Grasse (ou Lagrasse) en 1224. La croisade contre les albigeois venait alors d’entrer dans une phase décisive car Amaury de Montfort avait cédé au roi de France Louis VIII tous les droits qu’il détenait de feu son père Simon. Benoît d’Alignan pousse à ce moment-là les communes de Béziers et de Carcassonne à reconnaître l’autorité de Louis VIII.

Quatre ans plus tard, et après avoir été nommé à présider au chapitre général des moines noirs de la province de Narbonne (auprès des abbés de Saint-Pons-de-Thomières et Saint Hilaire), il se rend en Italie et séjourne à la cour pontificale pour faire renouveler les privilèges de son abbaye.

En 1229, il est élu évêque de Marseille pour succéder à Pierre de Montlaur. En arrivant dans la cité phocéenne, Benoît d’Alignan trouvait les Marseillais frappés d’excommunication. À charge pour lui de pacifier la ville, qui était sous l’influence de Frederic II, roi de Provence Bourgogne, lui-même excommunié par deux fois, et que le pape d’alors, Grégoire IX, appelait même “l’antéchrist”. Avec l’aide de l’archevêque d’Arles, et ses talents d’inquisiteur, le 1er janvier 1230, Benoît d’Alignan reçoit la soumission de la population et lève donc les sentences d’excommunication et d’interdit.

Une décennie plus tard, Benoît d’Alignan participe à la croisade des barons, et partit pour Jérusalem qui se trouvait menacée malgré les accords conclus entre Frédéric II et le sultan Al-Kamel. Après la défaite d’un corps expéditionnaire à Gaza, le gros de l’armée se replia sur Saint-Jean-d’Acre. Benoît d’Alignan persuada les templiers de relever les murailles de la citadelle Saphet, aujourd’hui Safed. Grâce à son vibrant plaidoyer, les travaux nécessaires furent entrepris. Lorsqu’ils furent terminés il retourna à Marseille en 1242.

Il présida à la fondation de l’abbaye cistercienne du Mont de Sion et reçut dans sa ville les Augustins, les Carmes, les Clarisses, les Béguines de Roubaud, ce dernier couvent ayant été fondé par Douceline de Digne. En 1245 il doit se défendre contre les exigences de Raymond Bérenger V qui, ayant réussi à obtenir le retrait du comte de Toulouse affaibli par sa défaite en Saintonge, voulait que l’évêque lui prête serment. Ce différend réglé, le pape Innocent IV attribua au comte la « rose d’or » à Lyon où se rendit Benoît d’Alignan.

Après le retour de captivité de Saint-Louis, le pape Alexandre IV engagea les marseillais par bulle du 24 juin 1260 à envoyer des secours aux chrétiens qui combattaient en terre sainte. Malgré son âge Benoît d’Alignan s’embarqua une fois encore à la fin de 1260. Il visita le château de Saphet, puis il rentra en France après un séjour de moins de deux ans.

Il renonça à son évêché en 1267 pour se faire frère Mineur et mourut le 11 juillet 1268. Il fut enseveli dans l’église des frères Mineurs qui reçut plus tard la dépouille de Saint Louis d’Anjou, frère du roi Robert. Ce couvent fut rasé sur ordre de François Ier en 1524 lors du siège de Marseille par le connétable Charles III de Bourbon.

Ayant toujours gardé une certaine humilité, ses chartes étaient signées « Frère Benoît, avec la permission de Dieu évêque de Marseille ».