L’une des fiertés de L’avant-scène

L’une des fiertés de L’avant-scène

C’est à L’avant-scène, conservatoire de Béziers Méditerranée, que Mohamed Kouadri a fait ses premières armes. Soutenu, conseillé et poussé par l’équipe enseignante, il a gravi les échelons. Mais pas sur la pointe des pieds. A tout juste 28 ans, le danseur a co-fondé sa propre compagnie, « Kontamine », et tourne partout en Europe. Resté proche du conservatoire, rencontre avec celui qui n’a pas oublié d’où il venait et où il présentait l’une de ses créations lors du dévoilement de son nouveau nom.

Quel est votre parcours ?

Pour remonter à la source, je suis né en Algérie et suis arrivé en France à l’âge de 7 ans. J’ai été scolarisé à l’école primaire des Romarins en classe à horaires aménagés et j’ai participé à une journée d’exploration au Conservatoire (devenu L’avant-scène, NDLR). J’ai fait des tests, on m’a demandé de bouger… Le lendemain, malgré les réflexions de mes copains qui me disaient « C’est un truc de filles », j’étais inscrit au conservatoire ! J’y ai suivi tout le cursus, six ans en danse classique puis contemporaine. Le conservatoire m’a ensuite aiguillé vers des collèges et lycées spécialisés. Je suis passé par l’internat et suis resté en horaires aménagés jusqu’en terminale.
A 19 ans, j’ai auditionné pour le Ballet junior de Genève et j’ai été accepté ! J’y ai côtoyé les grands noms de la scène internationale, aussi bien en contemporain qu’en classique. En tant que danseur ballet, je pouvais m’adapter à tous les styles. Ma carrière était lancée.

Vous êtes désormais « pro » ?

J’ai travaillé pour de nombreuses nombreuses compagnies et dansé pour les opéras de Lausanne, Marseille, Genève, Barcelone ou le Ballet du Nord à Roubaix. Mais dans ma tête trottait toujours l’idée de monter ma propre compagnie, même si cela me faisait peur tout de même. Et puis, j’ai rencontré Emmanuelle Jay sur une production. Elle aussi avait cette envie. On s’est dit : « Allez, on se jette à l’eau, on s’associe ». En 2014, nous avons donc co-fondé « Kontamine ». Nous travaillons sur notre troisième production et nous tournons partout en Europe. Parallèlement, je travaille toujours sur deux pièces d’Olivier Dubois – ancien directeur artistique du CNN de Roubaix et chorégraphe de renom-, je donne des cours, etc.

C'est sa rencontre avec la danseuse Emmanuelle Jay qui a poussé Mohamed Kouadri à fonder leur compagnie Kontamine.

C’est sa rencontre avec la danseuse Emmanuelle Jay qui a poussé Mohamed Kouadri à fonder leur compagnie Kontamine.

Vous devez une fière chandelle au conservatoire ?

A 100 % oui ! Ce conservatoire, c’est là où l’idée et l’envie de faire de la danse mon futur métier ont commencé à germer. C’est l’enseignement de qualité de l’établissement et le soutien d’Olivier Corbier, le directeur-adjoint, qui m’ont permis d’aller aussi loin. D’ailleurs, nombre de ses élèves ont réussi dans leur domaine. Olivier Dubois également a été très important dans le début de ma carrière professionnelle. Et je fais toujours partie de sa compagnie COD.

Votre parcours n’a cependant pas été épargné par les préjugés…

C’est vrai que ce n’est pas facile pour les garçons d’accéder à ce métier-là. J’irritais certains à voir leurs expressions dans les spectacles. Un ado de culture maghrébine n’avait pas à faire de genre de choses… J’ai essuyé des insultes. Pourtant mon père était professeur de français et j’ai toujours baigné dans la culture et la musique françaises ! C’est pour ça que mon objectif était de réussir et de sortir de là.

Beaucoup assimilent le conservatoire à un établissement élitiste. Avez-vous eu ce sentiment ?

Absolument pas. Je n’ai jamais ressenti ça. Même lorsqu’on vous accueille, je n’ai jamais eu l’impression que l’on me regardait en pensant « Non, ce n’est pas votre place ici, allez voir ailleurs dans une petite école ! » Quant à mes parents, ils préféraient largement que j’aie une activité encadrée, artistique, culturelle qui permette de développer ma critique aussi, plutôt que de rester dans la rue avec des gens sans rien faire ou à faire des bêtises justement. C’était ma décision d’entrer au conservatoire et ils ont juste appuyé mon choix en me disant « Tant que tu as un métier à l’issue et que tu te lèves heureux tous les matins de ta vie, continues. »

Le danseur ne veut pas répondre à la "capitalisation de la culture" et prend le temps de "construire" ses créations

Le danseur ne veut pas répondre à la « capitalisation de la culture » et prend le temps de « construire » ses créations.

Visiblement, vous avez bien fait de continuer…

On galère, c’est laborieux, mais on en vit (ou survit grâce à l’intermittence) et ça, c’est l’essentiel. Parfois, on se demande si nous serions capables de faire autre chose. Pour l’instant, non. J’arrêterai quand je n’aurai plus l’âme ni la passion qui me guident. Et puis, c’est un choix. Nous travaillons depuis deux ans sur un futur projet, une troisième création d’une heure. Nous ne voulons pas répondre à la capitalisation de la culture. On veut prendre notre temps pour construire les choses et avoir un rendu propre qui interpelle le public.

Dont acte !

Plus d’infos sur www.ciekontamine.com