Matfre Ermengau artiste du XIVème siècle

Matfre Ermengau artiste du XIVème siècle

Matfre Ermengau, est un troubadour biterrois, professeur de lois à l’École de Droit de Béziers et probablement frère du tiers-ordre franciscain, mort en 1322.

Il est l’auteur d’une Canso, dont la mélodie nous est parvenue, et d’un sirventès moral. Son œuvre la plus célèbre est une somme occitane de 34 597 octosyllabes le Breviari d’Amor (Bréviaire d’amour), dont il a commencé la rédaction au premier jour du printemps de 1288. C’est une vaste compilation encyclopédique écrite dans le seul but de réconcilier l’amour de Dieu avec les amours érotiques chantées par les troubadours, destiné aux Laïcs. Divisé en quatre parties structurées comme un arbre d’amour, il présente un tableau poétique des progrès des principales connaissances naturelles, philosophiques et scientifiques au treizième siècle. On y voit l’influence de l’enseignement du Droit et une forte réflexion juridique. On y décèle aussi un ensemble de constatations, de pensées, de conseils, qui peuvent avoir une source immédiate dans l’esprit franciscain, mais qui pourraient aussi remonter à une source plus lointaine chez les Pauvres Catholiques, anciens vaudois, nombreux à Béziers au début du XIIIe siècle, où on connaît un excellent théologien vaudois probablement apparenté: Ermengau de Béziers.

L’ouvrage est connu par douze codices complets et de nombreux fragments. S’adressant à des lecteurs présumés ignorant le latin, il écrivit en langue romane, c’est-à-dire en langue d’oc. Et comme la langue d’oc était présumée exprimer l’Amour courtois, dans la tradition des Anciens Troubadours, il écrivit en vers. Il a été traduit en castillan et en dialecte limousin.

Il commence par une théologie populaire, L’étude de Dieu et la Création, où il explique la création de l’univers par l’action dynamique de l’amour, issu de Dieu. Elle est suivie d’une section intitulée L’étude de la Nature. Il y aborde les modes de dévotion, les tentations qui touchent les chrétiens et les péchés qu’ils doivent éviter. Des exemples sont tirés de la vie quotidienne. Enfin, dans L’amour de Dieu, il résume le credo chrétien, la vie du Christ, et donne plusieurs hagiographies. La dernière section (8 000 vers) de l’œuvre, Perilhos tractatz d’amor de donas, seguon qu’en han tractat li antic trobador en lurs cansos, est écrite comme un dialogue entre les défenseurs et les détracteurs de l’amour. Elle est nourrie de nombreuses citations de troubadours antérieurs.

Ses poètes favoris semblent être Aimeric de Péguilhan, Bernard de Ventadour, Peire Vidal. Après le Perilhos, Matfre inclut une lettre (epistola) à sa sœur, écrite en décasyllabes : Fraires Matfre a sa cara seror.

Il est peut-être l’auteur d’un texte hérésiologique, Manifestation de l’hérésie des Albigeois et des Lyonnais (1210-1215).