Nos héros du quotidien. Épisode 2.

Nos héros du quotidien. Épisode 2.

Les chauffeurs restent sur le pont, malgré le Covid-19, pour transporter ceux qui en ont besoin.
Alors que les déplacements de tous les habitants sont nettement limités par les mesures de confinement en pleine pandémie, certains continuent d’arpenter les rues des villes et villages de l’Agglo. Mais pour une bonne raison : transporter ceux qui ne peuvent pas se passer du bus pour aller travailler ou s’approvisionner en denrées alimentaires.
Rencontre les agents du service transport beeMob.

« J’ai 59 ans, et je n’ai jamais vécu cette situation. Je me déplace dans une ville déserte, morte. Chaque jour ressemble à une journée de plein été où tout le monde est à la plage ou de plein hiver lorsqu’il fait froid. » Voici la vision à laquelle est désormais confronté Jérôme Landon, conducteur des bus beeMob. Dix-sept ans qu’il conduit. Depuis le début de la crise sanitaire, il a analysé différentes phases : « La première, jusqu’au 15 mars. Nous avions des avertissements mais pas de changement particulier sur le terrain ni de précautions particulières. Les bus étaient encore bondés avec 90 personnes à l’intérieur. » Le 16 mars, les établissements scolaires ferment. S’en suivent les premières mesures et inquiétudes : « On se sentait en première ligne. Je ne suis pas peureux mais je me demandais si je ne pouvais pas être contaminé ou transmettre la maladie à ma famille. »

Des mesures de sécurité drastiques mais nécessaires

Puis tout s’est accéléré, face au potentiel danger encouru : «  Nous avons établi des barrières de distanciation », explique Jean-François Lopez, contrôleur qui coordonne à présent la relation avec la clientèle et le bon fonctionnement du service en cas de déviation de dernière minute ou d’accrochage par exemple. « Les usagers montent désormais par la porte arrière. Le nombre de personnes est limité à 12/15 personnes dans les grands bus avec l’obligation de se tenir à un mètre de l’autre. » La gratuité de circulation a également permis de ne plus mettre en contact le conducteur et les usagers et d’éviter l’échange de monnaie.

« Le respect de la distanciation n’a pas toujours été bien compris au départ, enchaîne Jérôme Landon, maintenant, il l’est. » C’est ce qu’il perçoit comme la troisième phase : « Aujourd’hui, les gens ne prennent le bus que pour des raisons nécessaires et sincères et suivent les préconisations. Résultat, il y a beaucoup moins de fréquentation, beaucoup moins d’incivilités, je me sens plus à l’abri car au début, je me posais beaucoup de questions face aux discours contradictoires : pourquoi nous, en tant que conducteurs, nous baignions dans un milieu confiné où les gens touchaient à tout… Notre sécurité est beaucoup plus assurée désormais, les gens ont pris conscience de la gravité de la situation. »

Ce que confirme Jean-François Lopez, qui lui, n’a pas de crainte particulière : « Les bus sont désinfectés tous les soirs par un prestataire et ceux du matin ne sont pas les mêmes. Nous sommes beaucoup plus attentifs et veillons à ne pas nous approcher. Les horaires ont également été adaptés afin de rentrer plus tôt. Les deux contrôleurs font par exemple du 5h35-13h15 et 12h10-20h30. » Sans compter les contrôles des polices nationale et municipale quasiment systématiques à l’intérieur des bus pour vérifier les attestations de déplacement dérogatoire.

« Je me sens utile à la population »

La raison pour laquelle les deux agents continuent à aller au front ?  « Pour ne pas rester à la maison, répond Jean-François Lopez. Et puis parce qu’il faut du monde pour bosser et assurer la continuité du service public. » Même sentiment pour Jérôme Landon : « J’aime mon métier, je l’ai choisi. J’aime conduire. Et puis j’ai également besoin d’une rémunération. Nous avons eu le choix d’être en chômage partiel, j’ai décidé de continuer à travailler. »

Jean-François Lopez souligne par ailleurs que « la ligne C a été détournée afin de pouvoir passer par l’hôpital et acheminer les soignants et personnels ». Quant à Jérôme Landon, il se sent lui aussi clairement utile : « Les personnes âgées qui n’ont pas d’autres moyens de transport que le bus pour aller chez le médecin ou à l’épicerie ont besoin de nous. Tout comme ceux qui travaillent ou n’ont pas de voiture. » Mais le conducteur de bus a dû adapter sa conduite : « Comme il y a moins de circulation et plus aucun paiement à effectuer, il faut réguler notre vitesse pour respecter les horaires et il faudra le faire à l’inverse lorsque tout rentrera dans l’ordre », plaisante Jérôme.

Enfin, les rapports entre collègues, déjà « amicaux » dit Jérôme Landon, ont évolué. « Avant le « bonjour, ça va ? » était une formule de politesse. Désormais, nous avons appris à ne plus nous serrer la main mais quand je salue de loin, le « ça va » signifie pour moi « est-ce que tu es en bonne santé, est-ce que tu te portes bien ? » ». Il note enfin un rapprochement des agents et une nouvelle solidarité : « Certains ont créé des groupes sur les réseaux sociaux pour prendre des nouvelles de leurs collègues, qu’ils travaillent ou non. Cela a clairement resserré les liens. »

Oui, resserrons les liens (à distance !), continuez à nous transporter en toute sécurité et merci, chers agents de beeMob !

Découvrez ci-dessous quelques photos de leur quotidien sur le front :

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