Rejetés par leurs familles, les jeunes du Refuge retrouvent la magie du Noël

Rejetés par leurs familles, les jeunes du Refuge retrouvent la magie du Noël

Agglomération Béziers Méditerranée lgbt, lerefuge

Si dans le territoire de l’Agglo, peu de personnes se sentent concernées, ou n’osent pas franchir le premier pas, d’autres personnes ont fait confiance à l’association Le Refuge qui aide des jeunes homosexuels ou transsexuels expulsés du domicile familial afin de se relever.

Nous avons recueilli les témoignages de ces jeunes qui ont été rejetés par leurs familles et qui racontent comme se sont célébrées les fêtes de Noël sans leurs proches.

«Plus que jamais je veux être entouré, après le départ de chez mes parents». Guillaume, 19 ans, jeune homme aux yeux clairs évoque Noël. « Jamais je n’arrêterai de vivre cette fête magique, avec ou sans ma famille. La vie continue, malgré tout ». Grâce au Refuge il a trouvé un logement « après avoir vécu à droite et à gauche chez des connaissances d’un soir », confesse-t-il. Ses parents n’ont pas accepté son homosexualité. Il célèbrera son premier Noël sans eux.

Chaque soir, 116 jeunes sont mis à l’abri par Le Refuge. Guillaume essaye de se reconstruire depuis son installation au Refuge. Trop fragile pour parler, il écourte la conversation, s’excuse les yeux larmoyants avant de partir. En 2018, 5884 appels ont été recensés sur la ligne d’urgence de l’association (06 31 59 69 50) et 20% des jeunes hébergés sont trans.

« Noël c’est en boite de nuit à minuit »

Alex est arrivé le 25 août 2014 au Refuge avant de le quitter le 8 octobre 2015. Originaire de Dordogne, dévasté par le décès de son compagnon, l’homme à la barbe finement dessinée a erré trois semaines dans les rues parisiennes, en juillet 2014 avant de tomber sur une publicité du Refuge. Un coup de fil plus tard, le rendez-vous était pris. Il a séjourné 12 mois dans un appartement-relais, avant d’occuper un studio. En moyenne les jeunes restent six mois au Refuge.

Aujourd’hui, avec ses trois bagues aux doigts qu’il aime tourner, sa boucle d’oreille côté gauche, le jeune adulte passe régulièrement au siège parisien de l’association pour apporter son aide, en plus de son job dans un sauna. Face à lui, dans les locaux situés au quatrième étage du 3, rue d’Aligre, le sapin de Noël est déjà installé, l’odeur du café embaume la pièce. Avec le regard fuyant il délivre ses conseils pour fêter Noël. « Un bon repas, une bouteille de vin, puis ça finit en boite de nuit avec les potes à minuit ».

« Noël au Refuge c’est un peu Meetic »

Il se remémore son premier réveillon avec les membres du collectif. « C’est assez particulier de le faire au Refuge. Les bénévoles et les jeunes viennent, apportent à boire et à manger ». Des couples se forment même durant la soirée. « Noël au Refuge c’est un peu Meetic, s’amuse Alex. Pour d’autres c’est l’occasion de déguster pour la première fois du foie gras ». Une fois le repas terminé, les occupants reçoivent une pochette cadeau. « Des bons d’achats en magasins ou encore un t-shirt le Refuge », se remémore Alex. Le jeune homme avait offert ses bons à un jeune qui n’avait pas de sous pour renouveler sa garde-robe lors du précédent Noël. Des présents qui n’occultent pas le manque d’une famille.

L’esprit de famille

Quand on l’interroge sur ses souvenirs de Noël, Alex est catégorique. « Ils sont pourris, beaucoup d’alcool, ça finissait en bagarre. C’est une fête de famille et me retrouver en famille je n’aime pas ». Pour lui, Noël se fête avec les gens qu’on aime. « C’est dur de parler d’esprit de Noël quand on n’a plus de contact avec sa famille. L’important pour moi reste les décorations, les illuminations, souligne-t-il. L’autre jour, un nouveau jeune du Refuge m’a dit : Noël m’angoisse car il n’y a pas mon Papa et Maman. Je lui ai répondu qu’il était bien entouré au Refuge et que la fête doit continuer en attendant de pouvoir reprendre le dialogue avec ses proches ». Une réaction positive pour Alex qui n’a jamais ni voulu ni réussi à renouer le dialogue avec sa mère, décédée depuis quelques mois. « Je ne l’appelais jamais Maman, juste une fois par erreur », précise-t-il préférant la nommer « cette femme-là ».

Si les pères sont parfois effacés, les mères restent au premier plan. A travers son ouvrage « Moi homophobe ! », l’auteure Anna Ghione explique comment elle a mal vécu le coming-out de son fils : « Un homosexuel ne pouvait pas être un homme et l’image de mon fils se brisait, j’avais un grand sentiment de culpabilité pour moi ».

La maman raconte qu’elle aurait expulsé son enfant si leur famille avait vécu en centre-ville. Heureusement pour lui ce n’était pas le cas et Anna Ghione a rapidement ouvert les yeux et son esprit. « J’ai honte de ce que j’ai pu ressentir envers toi. Par ce livre je ne réparerai rien de ce que tu as pu endurer par moi, je le sais. Si seulement il pouvait te permettre d’apaiser un peu la blessure que je t’ai infligé et que tu ne m’as jamais reproché. Tu m’as montré le chemin de la tolérance », relate l’auteur. Mais avant une éventuelle réconciliation, de nombreux jeunes partageront Noël, loin de leurs proches.

Le Refuge organise chaque année un repas le soir du 24 décembre dans l’un des appartements-relais de l’association. « C’est l’ambiance repas de Noël, avec en fond musical des chants de Noël, les bêtisiers diffusés sur la télévision, puis c’est l’heure du champagne une fois dans l’année », conclût tout en rigolant Alex. Une soirée où tous seront les bienvenus afin de réunir ceux qui ont besoin de retrouver l’esprit de famille.

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