Roland Ramade : un artiste au grand coeur

Roland Ramade : un artiste au grand coeur

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Compositeur et chanteur, né à Béziers, il fait partie de ces personnes qui gardent le moral en toutes circonstances. Même lorsque que l’interview se passe à distance, par téléphone, on l’imagine au fil de ses réponses avec une large banane sur le visage. C’est avec son groupe Regg’Lyss qu’il vous fait danser sur le tube « Mets de l’huile ».

Depuis quelques années, Roland Ramade multiplie les projets avec son nouveau collectif « l’Art à Tatouille », « son usine à gaz » comme il aime le dire. Il organise des ateliers d’écritures de chansons auprès des enfants et de nos aînés dans les Ehpad. Rencontre avec cet amoureux des mots qui a tant de choses à dire sur le monde actuel et celui de demain.

Comment avez-vous vécu la période de confinement ?

Très difficilement au début, étant une personne à risque j’avais un peu peur. J’ai 63 ans et je suis atteint d’une maladie grave (la poliomyélite), je dispose donc d’une faible capacité respiratoire : je suis la cible idéale du virus ! Je me suis confiné strictement sur avis de mon médecin, le plus dur était de ne pas voir mes enfants et mes amis. J’ai la chance d’avoir été confiné dans une prison dorée car j’habite à la campagne, aux Cabanes du Salaison (Mauguio, Hérault) et ma femme connaît tous les maraîchers du coin qui nous ravitaillaient en produits frais et locaux.

Le confinement vous a-t-il inspiré ?

Oui parce que l’on se retrouve dans d’autres conditions de vies qui bousculent le quotidien, et en même temps, je vous réponds non, car ne pouvant pas voir l’extérieur, cela restreint la capacité à trouver des thèmes pour de nouvelles chansons.

Que pensez-vous du projet #jexposeaubalcon ?

C’est une bonne idée de la part de la cohésion sociale de l’Agglo. C’est excellent dispositif pour que l’Art soit véhiculé même en étant confiné. Prenons l’image de la prison pour illustrer le confinement. Elle peut être plus au moins perforée par les nouveaux outils de communication (réseaux sociaux) qui permettent aux idées de circuler, aux personnes de s’exprimer malgré la distance.

Comment s’est passé la création des chansons avec l’école Riquet-Renan ?

Je l’associe à la naissance d’un enfant. Quand tu crées une chanson, elle arrive avec des gestes, chacun dit un mot précis, lance une idée… Soudain, la création prend forme et comme quand on élève un enfant, qu’on le voit grandir, ta chanson est la plus jolie du monde selon toi ! Quand un bébé vient au monde, on entend souvent cette phrase : jamais on aurait pensé faire un si joli bébé, pour la musique c’est pareil.

Les enfants étaient-ils dans la liberté totale de création ?

Ces gamins sont impliqués socialement et arrivent avec plein d’histoires à partager, il fallait les canaliser. Ils sont bourrés de qualités artistiques, ça leur plaît d’être pris au sérieux. Le rapport adulte-enfant ne marche pas que dans un sens, nous l’avons remarqué dans ce projet alors continuons de soutenir la jeunesse, le monde de demain en sera plus solidaire… Nous avons mis quelque consignes à respecter, il fallait un thème (les saisons, la météo…) et une phrase en occitan, systématiquement. Ensuite, les enfants ont emmené leurs propres mots, avec l’aide de mon ami compositeur Alain Beurrier, nous leur avons montré comment il faut chanter, pas trop vite ou pas trop doucement…

Etait-il simple pour un enfant d’évoquer ses racines ?

Pas toujours, il y avait parfois de la retenue, de la timidité. J’ai demandé à un jeune de me parler de la Turquie. Dans sa famille, ses parents ont presque honte de s’exprimer avec leur langue maternelle. D’un autre côté certains sont extrêmement fiers mais il ne faut pas le dire. Et au final, une fois la carapace brisée, la parole retrouvée, les enfants s’expriment, et le gamin me sort : « la Turquie ? mais c’est le plus beau pays du monde ! »

Avez-vous d’autres anecdotes ?

Je me rappelle d’un petit d’origine sénégalaise à qui je demande ce qu’il voit au Sénégal quand il arrive. Il semblait perdu à cause de ma question puis répond : les ailes de l’avion. Tout le monde a rigolé, puis je l’ai relancé, « que vois-tu de joli ? » Et là, il me répond « les barques des pêcheurs ». C’est dans ces moments-là que je me rends compte de l’intelligence de ces enfants, car je suis allé au Cap Vert en face du Sénégal, je m’étais fait la même remarque sur ces bateaux de pêcheurs peints dans toutes les couleurs quand l’avion survolait le pays. Pour moi, ces ateliers d’écriture de chansons montrent le potentiel créatif des enfants.

Que retenez-vous de cette expérience ?

Dès que tu peux mettre de la musique dans un lieu, c’est libérateur, c’est un outil qui permet d’exister. Durant le confinement, tout le monde était encore plus réceptif aux arts. C’était un moyen d’échapper à cette crise du Covid-19. La chanson « l’arbre qui marche » et son clip (réalisé par Julien Capus de l’Art à Tatouille) le prouve, l’arbre se balade à travers le monde, au-dessus de tous les virus. Cette expérience a permis une forme de libération ou de résistance qui montre à quel point on est tous fiers de sa culture, d’où on vient et qu’on adore se mélanger culturellement. Certains étaient très contents d’afficher leurs origines. Ils ont appris à connaître leurs camarades.

Quelle est votre vision du quotidien post-confinement ?

Pour moi, ce n’est pas une vision que j’ai mais plutôt une sensation car pour l’instant on ne voit rien. J’ai la sensation qu’on sort petit à petit de cette crise. Nous sommes conscients que l’on a besoin les uns des autres pour avancer et ne pas vivre dans un monde néo-libéral que ce soit économiquement ou politiquement.

Pensez-vous qu’il y aura plus de solidarité dans le monde de demain ?

C’est obligatoire ! Je suis un ancien malade qui a été vacciné trop tard quand j’étais nourrisson. Si on n’arrivait plus à vacciner toute la population contre un virus comme celui de la polio, il y aurait tous les jours des nouveaux cas. J’encourage les chercheurs à mettre en place un maximum de vaccins gratuits ou remboursés. La leçon que l’on a tirée avec le vaccin de la polio (qui est un cousin du coronavirus) est que lorsque l’on on s’y met ensemble et qu’on fait abstraction de la concurrence, de la rentabilité, l’être humain est plus fort que les maladies. À l’inverse, tant qu’on sera dans un système libéral basé sur la compétitivité des laboratoires pharmaceutiques, cela ne fonctionnera pas. Le chacun pour soi donne le nombre de victimes du Covid-19 aux États-Unis. Si on trouve un remède à ce virus et qu’on continue à vivre dans un monde libéral, un autre virus arrivera et on se retrouvera dans la même crise actuelle. Dans une société, quand il y a des pauvres, il y a des riches, quand il y a des riches, il en existe des égoïstes !

Gardons l’espoir en l’humanité donc…

Je préfère penser que l’on doive serrer les poings plutôt que de croiser les doigts sinon cela voudrait dire que l’on fait confiance au destin. Or, je fais confiance aux capacités humaines et à l’économie solidaire pour reconstruire le monde dans lequel on pourra vivre tous ensemble.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?

Avec mon collectif l’Art à Tatouille, j’avais le projet « Culture en arc-en-ciel » mis en place par le Conseil départemental de l’Hérault avec pour ambition d’amener la culture au plus près de nos aînés et de favoriser des rencontres avec des enfants et des jeunes grâce à une pratique artistique partagée. Mais avec la crise, tout est à l’arrêt. Je vais me consacrer à faire des vidéos en ligne, comme les clips vidéo avec les enfants de l’école Riquet-Renan. Pas de fête de la Musique cette année. Je pensais que mon concert lors de l’édition 2019 à Béziers serait l’un des derniers, mais ce Covid-19 m’a fait réfléchir. Je me laisse le temps de la réflexion sur ma retraite définitive. Je n’ai peut être pas dit mon dernier mot ! »

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