« Nous sommes dans l’œil du cyclone »

« Nous sommes dans l’œil du cyclone »

Jean-Raymond Lopez, président du Tribunal de commerce de Béziers
La crise sanitaire historique qu’a traversée la France a profondément impacté les commerçants et entreprises du territoire. Mais les représentants locaux du monde économique ne baissent pas les bras.

Il y aura un avant et un après. Au-delà du drame sanitaire, la pandémie n’aura pas épargné le tissu économique local, déjà fragilisé. Commerces de proximité, bâtiment, immobilier, tourisme, restaurants… tous ces piliers du Biterrois ont volé en éclats. Quelles conséquences pour demain ? Faudra-t-il consommer autrement ? Se dirige-t-on vers une digitalisation du commerce ou, au contraire, un retour à la proximité ? Le territoire a-t-il toutes les cartes en main pour se relever ?

Depuis l’annonce du confinement, Jean-Raymond Lopez, président du Tribunal de commerce de Béziers ; Olivier Leyssenot, premier vice-président de la CCI Hérault et Marc Aufort, président du Medef Ouest-Hérault, sont sur le front, auprès des acteurs économiques. Oui,les séquelles seront lourdes et longues à effacer, mais pas question de jeter l’éponge. Ils réfléchissent collectivement à la meilleure façon de relancer la machine post-Covid.

Voici la vision de Jean-Raymond Lopez, président du Tribunal de commerce de Béziers, ancien directeur général de Chauss 34.

Cette pandémie a-t-elle été un frein à la croissance des magasins ?

Évidemment cette pandémie a annulé ou retardé beaucoup de projets avec l’arrêt total de certaines activités, des tribunaux et administrations. On compte près de 8 % de baisse pour la France entière. C’est dramatique pour l’économie. Le chômage risque d’augmenter. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, mais les zones commerciales ont déjà des difficultés à attirer de nouveau la clientèle. Suite au confinement, des enseignes importantes comme Camaïeu, le groupe Vivarte qui détient l’enseigne La Halle et la chaîne de magasins André ont été mises en redressement judiciaire.

Quel sera l’impact à long terme en France sur le commerce et la façon de consommer ? Faut-il une transformation profonde du commerce ?

Nous sommes dans l’œil du cyclone. D’ici 2 ou 3 mois, les conséquences de cette crise vont réellement se faire sentir. Le Tribunal de Commerce de Béziers officie dans l’ouest Hérault, une région fortement touristique. Le commerce saisonnier fonctionne en vivant l’hiver sur les bénéfices réalisés l’été, durant la saison estivale. A la rentrée, il va y avoir un véritable tsunami. La saison est raccourcie de 2 mois donc beaucoup de commerçants se posent des questions sur l’amortissement de leurs frais pour cette saison.

Avec le confinement lié à la pandémie, les ventes en ligne semblent se démultiplier. Est-ce que vous pensez que le commerce de demain devrait passer par le e-commerce pour se réinventer ?

La pandémie a accéléré la transformation du commerce qui était déjà enclenchée. Les Français souhaitent consommer de manière plus responsable, raisonnable et éthique. D’ailleurs, leur point de vue a changé depuis le confinement concernant l’équipement de la maison . Il y a une véritable explosion immobilière pour les habitations avec un espace extérieur.
Lors de ce confinement, on aurait pu penser que le e-commerce allait fortement augmenter et cela a été le cas pour certains secteurs tels que la papeterie ou les congélateurs. Mais l’équipement à la personne comme le prêt-à-porter a chuté de 60 %.

Le gouvernement, sans faire de politique, a pris à sa charge une grande partie des salaires de France et proposé un Prêt garanti par l’État (PGE). Les entreprises qui ont sollicité ce PGE ont pu en moyenne bénéficier d’une aide équivalente à 25 % de chiffre d’affaires.

Mais l’objectif d’un prêt est, non pas de renflouer le compte courant, mais d’investir pour ensuite augmenter ses bénéfices. Hors aujourd’hui, les entreprises n’ont pas investi et vont devoir rembourser un prêt qui n’a rien rapporté. Je pense que la seconde vague de difficultés arrivera dans un an, quand les entreprises commenceront à rembourser ces prêts.

Comment le Tribunal de commerce accompagne les commerçants et les entreprises ?

Il agit en prévention auprès de celles qui présentent des problèmes financiers et qui sont viables. Un juge délégué peut être nommé pour effectuer une médiation auprès des établissements financiers afin d’échelonner leurs remboursements.

La procédure la plus adaptée aux entreprises qui connaissent des difficultés financières actuellement est la procédure de sauvegarde. Cette procédure intervient avant le redressement et la liquidation qui sont souvent mal perçu par les partenaires du chef d’entreprise (fournisseurs, clients, banques) et qui peuvent devenir un frein à la reprise de l’activité.

Cette procédure s’adresse aux entreprises exerçant une activité commerciale, artisanale, agricole, libérale ou associative en difficulté et qui ne sont pas en état de cessation de paiement (elles peuvent régler les dettes exigibles avec le fonds dont elles disposent ou peuvent rapidement disposer).

Le but d’une sauvegarde est de faciliter la réorganisation de l’entreprise en lissant sur une durée maximale de 10 ans le paiement de ses dettes (encours fiscal et social, emprunts bancaires, dettes fournisseurs…). Elle apporte un ballon d’oxygène à l’entreprise qui continue à travailler et à encaisser ses factures alors que son passif est gelé. Seul le dirigeant peut demander l’ouverture d’une procédure de sauvegarde auprès du Greffe du tribunal.

Je pense que le Tribunal de Béziers va voir le nombre de ces procédures augmenter de manière exponentielle dans les mois à venir et les chefs d’entreprises ne doivent pas hésiter à faire appel au Tribunal de Commerce pour les soutenir.

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